Fermeture du GIP EPRA : le refus unanime des radios

mardi 20 novembre 2012

Dans une "Lettre aux élus et au mouvement social" et un communiqué de presse, les radios élues au conseil d’administration de l’EPRA, le Syndicat National des Radios Libres et la Confédération Nationale des Radios Associatives s’unissent pour la défense de cet outil remarquable d’échanges et de productions de programmes radiophoniques.

Nous publions ici ces documents qui marquent le début d’un nouveau combat pour les radios associatives.

Lettre aux élus et au mouvement social

Fermer le GIP Epra (Echanges et Productions Radiophoniques), c’est mettre à mal la communication entre les territoires de la République

Les radios associatives doivent continuer à coopérer pour un meilleur vivre ensemble, du 93 aux quartiers nord de Marseille, du Mirail aux Minguettes, de Roubaix à Rouen, du Neuhof à Sochaux, d’Echirolles à Saint Herblain.

En 2011, on a fêté partout en France métropolitaine et dans les collectivités d’outre mer, les trente ans de la libération de la parole des français, les trente ans des radios libres : en 1981, une des plus belles promesses de François Mitterrand avait pris corps. Plus de 650 radios associatives se sont consolidées depuis dans les territoires, dans les quartiers populaires des villes, dans les pays en milieu rural.

En 2012, on n’a pas su fêter les 20 ans de l’ Epra, système de coopération radiophonique entre territoires qui avait été mis en place sous le gouvernement de Pierre Bérégovoy pour assurer un meilleur vivre ensemble dans tout le pays, en coopération avec Radio France Internationale et l’ Institut du Monde Arabe, sous l’impulsion d’ Edgard Pisani. Déjà, le gouvernement de François Fillon envisageait, pour faire quelques économies, la fermeture de cet outil du vivre ensemble plutôt que son amélioration, mais il avait repoussé toute décision après la présidentielle. De nombreux parlementaires, des élus de collectivités territoriales, connaissant bien les radios de leurs régions avaient alors interpellé le gouvernement par des questions écrites et orales à la demande des radios.

Produire des programmes de qualité et les échanger, des quartiers populaires de nos grandes villes aux territoires des campagnes ou des petites villes, c’est en effet ce qu’ont appris à faire des dizaines de radios en vingt ans. Dans la dynamique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, l’ancien ministre Jacques Toubon, l’un des derniers présidents du GIP Epra, avait montré l’efficience de ce système d’échanges entre territoires. Le rapport qu’il avait commandé à l’institut IPSOS montrait que les radios avaient su se moderniser techniquement et surtout s’adapter professionnellement, en bonne partie grâce au travail du GIP, pour mieux produire et mieux diffuser la parole des habitants de nos territoires, se faire l’écho des initiatives prises dans les quartiers et dans les pays et jouer à plein leur rôle de médias d’éducation populaire.

Depuis trois ans, le GIP a su drastiquement diminuer ses coûts de fonctionnement, en modernisant sa chaîne informatique de travail ; d’autres améliorations sont possibles pour le rendre plus efficient et encore moins coûteux pour l’ Etat. Depuis trois ans, le GIP a su mobiliser les radios dans tout le pays pour faire évoluer les contenus des programmes en coopération avec les ministères en charge de la ville, de la culture, de l’immigration, de la jeunesse et des sports. D’autres coopérations avaient été envisagées sur les thématiques de l’emploi, de l’ éducation, de l’économie sociale et solidaire, de l’environnement, tous ces domaines dont les radios savent au quotidien traiter les dossiers au plus près des acteurs.

Sans avoir pris le temps de travailler sérieusement le dossier, sans avoir entendu les propositions des radios associatives et de leurs organisations nationales, la CNRA (Confédération Nationale des Radios Associatives) et le SNRL (Syndicat National des Radios Libres), les cabinets de deux ministères ont chargé le Secrétariat Général du Comité Interministériel des Villes (SG CIV) de procéder à la liquidation du GIP Epra. Le cabinet du Premier Ministre n’a pas su trouver l’autorité nécessaire à une meilleure coordination interministérielle sur ce dossier.

Conscients de la qualité des productions des radios et de la nécessité de maintenir les achats de programmes qui assurent à ces reportages une qualité professionnelle, les cabinets ministériels ont proposé de pallier partiellement l’action du GIP Epra après sa liquidation par un appel à projets qui serait proposé aux radios. Cette proposition ne semble pas être de nature à maintenir l’outil de qualité dont nous avons besoin et elle ne serait pas forcément réellement moins coûteuse.

Ce n’est pas à l’ Etat, à travers un appel à projets dont on n’a pas mesuré les coûts administratifs et qu’on n’a pas calibré pour assurer sa pérennité et son autorité, d’assurer en direct ce travail. Casser la structure de coopération entre radios, c’est de nouveau émietter les paroles des habitants, renforcer les inégalités de moyens entre territoires. La décision mal préparée des cabinets ministériels renforce ce défaut récemment signalé par la Cour de comptes de l’action de la politique de la ville, trop souvent depuis des années réduite à des aides dispersées dans les territoires, sans dessein d’ensemble, sans vision politique.

L’Epra est un des outils pour une belle politique du vivre ensemble au delà de la diversité des territoires, ce serait une faute politique de le détruire.

Les organisations représentatives des radios associatives, en coopération avec l’ensemble des mouvements de l’éducation populaire et de l’économie sociale et solidaire dont elles sont parties prenantes, sont prêtes à le refonder, plus ajusté, plus efficient. Elles appellent les dirigeants politiques à prendre toutes leurs responsabilités dans cet effort.

Communiqué de presse

Silence radio

Après le FSER (Fonds de soutien à l’expression radiophonique), l’EPRA (Echanges et Productions radiophoniques) est sans aucun doute pour le secteur des radios associatives, un exemple de ce que peut faire de mieux la puissance publique en termes d’efficience, lorsqu’elle travaille en synergie avec le tiers secteur.

Au fil des vingt dernières années, s’est constitué un réseau de 171 radios entièrement dédié à la production et à la mutualisation de programmes radiophoniques en matière de politique de la ville et de lutte contre les discriminations.

Depuis quelques années, les restrictions budgétaires associées à la réorientation de la gestion des fonds du GIP EPRA par le SG CIV (Secrétariat général au Comité interministériel des villes) dont ce n’était pas la mission prioritaire ont conduit au délitement d’un projet reconnu d’intérêt général par l’ensemble des acteurs qui en ont bénéficié (radios, services de l’Etat et Collectivités en charge des politiques dans les quartiers prioritaires – Cf Rapport Toubon).

Par manque de compétences en matière d’ingénierie et plus vraisemblablement encore par manque d’ambition politique, son principal financeur, le ministère de la ville s’abrite derrière le manque de partenaires et de moyens financiers pour prononcer la liquidation de l’EPRA.

Or les radios n’ont cessé de le prétendre (sans qu’ à aucun moment les tutelles ne daignent explorer leurs préconisations), des solutions peu coûteuses existent, qui permettraient à moindre frais d’assurer un nouveau devenir à cet outil unique en Europe, évitant par là même des licenciements, la déstabilisation pour certains du modèle économique de leur radio et la mise au rebut d’un réseau national engagé localement aux côtés de l’Etat pour l’accompagner sur ses missions de service public au plus près des territoires de la République.

Compte tenu des éléments en notre possession, nous sommes aujourd’hui en mesure de comprendre que l’option de fermeture anticipée du GIP que nous supputions il y a deux ans et à laquelle nous avons échappé jusqu’à ce jour grâce à notre travail de mobilisation, était une réalité.

Aujourd’hui encore, le Président du GIP également secrétaire général du SG CIV, tente une nouvelle fois de duper les radios en leur proposant d’entériner un transfert de l’utilisation des fonds vers un dispositif d’appels à projets qui signerait la mort du réseau de l’EPRA.

Ces éléments viennent confirmer que depuis qu’il a hérité du financement fléché du GIP il y a 3 ans, le SG CIV n’a aucunement l’intention de valoriser l’ EPRA, que nos missions ne relèvent pas de ses priorités et que la dotation financière qui lui est dédiée serait pour ce service à terme plus utile ailleurs en interne. Cette décision, qui reste celle d’un arbitrage administratif est basée sur des critères qui ignorent l’efficience de l’outil.

Au moment où Monsieur François Lamy lance sa consultation nationale sur la politique de la ville, il nous paraît surprenant qu’il puisse entériner l’abandon d’un outil d’utilité sociale au service de la mémoire et de la valorisation des quartiers populaires.

Parce qu’elles sont en mesure de faire la démonstration de la pertinence, de la légitimité et de la viabilité d’un nouveau modèle économique, les 171 radios adhérentes du GIP EPRA, soutenues par leur confédération et syndicat respectifs n’accepteront pas ce gâchis, vécu comme une insulte faite à l’utilisation de l’argent public et à l’efficience de tout un secteur mobilisé depuis 20 ans au côté de l’Etat en faveur de la lutte contre les discriminations.

Elles appellent donc les médias, le mouvement social, les élus et les membres du gouvernement à soutenir leur démarche afin que soit reconsidéré positivement le devenir de l’EPRA.

Les représentants des radios élus au conseil d’administration du GIP Epra

Jet FM – Loïc Chusseau /

News FM – Farid Boulacel /

Radio 2ter - Luc Magrina /

Radio d’ici – Patrice Berger /

Radio Grille Ouverte - Yves Defago /

Radio Scarpe Sensée – Hervé Dujardin /

Radio Tropiques – Pierre-Etienne Vanpouille


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